La variation du 'ne' à l'égard des consonnes et voyelles qui suivent

par Emna Knani, Nour Steensma et Alma Wennekers

Introduction

Il existe beaucoup de recherches sur la disparition du ne. La plupart de ces recherches se focalisent sur les facteurs sociolinguistiques. L’âge du locuteur, ainsi que le milieu social et le contexte situationnelle reçoivent beaucoup d’attention dans le champ de recherche. En revanche, nous avons essayé de trouver une nouvelle perspective. Opposé à la partie sociolinguistique, on trouve le champ linguistique. On parle de la grammaire, la phonologie, la syntaxe, etc. Nous avons trouvé un angle peu (ou sans doute pas) recherché : l’influence du son qui suit immédiatement le ne ou la place vide du ne. Il s’agit donc, par exemple, du son /e/ dans j’ai pas parlé avec eux, et du son /k/ dans je ne comprends pas ce que tu dis. Que peut-on déduire d’une analyse d’une base de données ? Avant de plonger dans notre propre recherche, nous regardons aux autres recherches.

 

Résumé de l’article de Meisner

Avant qu’on puisse commencer la recherche sur la disparition de la particule ne, il est important d’avoir des informations qui concernent ce sujet. Notre information de base s’est inspirée par l’article Absence et présence du ‘ne’ de négation par Meisner et al.[1] On regarde quelques recherches qui ont étudié la disparition du ne par rapport aux types de sujets et d’autres influences grammaticales et syntaxiques.

            Premièrement, on observe une tendance intéressante dans ce qui se passe avant la place du ne. Les syntagmes nominatifs, soit rarement employés, construisent un milieu d’aisance pour le ne. Par contre, les sujets fréquents et faciles à produire, comme je, tu, ce, donnent raison à l’omission du ne.[2]

Deuxièmement, quels facteurs jouent un rôle dans la disparition du ne? Naturellement, tous les facteurs sociologiques sont importants. Toutefois, cette recherche se consacre à un élément phonologique. Meisner et al. utilisent une analyse multifactorielle qui teste l’influence de plusieurs facteurs, tant linguistiques que sociologiques : ils ont rendu compte du type de sujet grammatical, type de phrase, l’élément négatif, le temps verbal, la situation de communication, l’âge des locuteurs, locuteurs bi- vs. unilingues et la provenance géographique des locuteurs.[3] Parmi ces variables, seulement trois ont une « influence significative sur la variable : le type de sujet, le type de phrase et la situation de communication.[4] La conclusion clé que Meisner trouve est que :

À l’aide de tests statistiques, c’est effectivement la situation de communication que détermine le choix de certains éléments linguistiques clé, et que ces éléments linguistiques déterminent à leur tour la réalisation de ±ne.[5]

L’article souligne l’importance de la prosodie:

Les approches qui intègrent la linguistique de corpus avec une analyse théorique et typologique des données rassemblent de plus en plus d’arguments en faveur de l’évidence que l’omission du ne de négation est une régularité linguistique, déterminée par le contexte prosodique, plutôt qu’une régularité extralinguistique.[6]

Ce qui sort de la recherche de Meisner et ce dont on doit tenir compte, est le caractère clitique du ne et son interaction avec d’autres éléments proclitiques préverbaux. « Attribuer l’omission du ne au « parle » au sens large est certes à première vue correct, mais ce s’avère une explication superficielle[7] ». La première conclusion est qu’il est nécessaire de faire plusieurs études de corpus et :

Prendre systématiquement en compte à l’avenir les micro-variations régionales avec différents systèmes prosodiques, ainsi que de développer les études expérimentales en vue de tester la perception par les locuteurs de phénomènes prosodiques prédits par Meisner.[8]

Maintenant qu’on a parcouru les informations de base, on continue avec la méthodologie de notre recherche.

 

Méthodologie

L’objectif de notre recherche est d’analyser l’influence de la voyelle ou de la consonne sur l’apparition du ne. Il s’agit des voyelles et consonnes qui suivent le ne ou la place vide (l’absence) du ne. Dans la catégorie des voyelles, y compris le h muet, la recherche se focalise sur la présence de ne dans les phrases de négation contenant pas. Effectivement, nous n’avons pas inclus les autres phrases de négation comme ne rien et ne jamais. Pour effectuer la recherche, nous nous sommes prévalus du corpus de Fleuron. Sur le site, nous avons cherché toutes les phrases contenant le mot pas. Ensuite, nous les avons analysées en les plaçant dans une des quatre types de catégories. La première catégorie désigne la présence du ne, en étant suivi d’une voyelle. La deuxième catégorie est la présence du ne, suivi d’une consonne. La troisième catégorie parle de l’absence du ne, suivi d’une voyelle. Finalement, la quatrième catégorie décrit l’absence du ne, suivi d’une consonne.

Dans « l’approbation » des phrases, nous avons rendu compte des conditions suivantes : la présence d’un sujet (nominatif) et la négation de phrase. La négation de phrase s’oppose à la négation de constituant. Par exemple, la phrase « C’est un comédien pas drôle.[9] » ne serait pas appropriée pour notre recherche. Le constituant « drôle » est mis dans la négation, sans avoir la possibilité d’ajouter un ne. Une situation similaire se trouve dans la phrase « Si tu dois la faire ou pas.[10] » Ici, on observe que le pas a une fonction différente. Le pas ne peut pas être précédé par un ne, comme le pas désigne la négation de « faire ». Le pas propose une opposition, un choix. Quant à la présence d’un sujet, la phrase « Oui pas de problème.[11] » ne fait pas partie de la recherche, comme il manque un sujet. Le ne n’est pas admissible dans « pas de problème », il nécessite « il y a » pour créer « il n’y a pas de problème ».

De plus, toutes les phrases utilisées ont été prononcées par des locuteurs français natifs. En général, les locuteurs étrangers étaient faciles à identifier, parce que la description des vidéos désignait souvent l’origine d’un étudiant étranger. Souvent, dans ces cas, il s’agit des étudiants Erasmus. Si la langue maternelle du locuteur n’était pas décrite, la fluidité du locuteur nous a aidé à déterminer la personne comme français natif ou pas.

Les données

La collection des données se trouve dans le tableau ci-joint. Chaque vidéo/enregistrement audio a été analysée et paraît dans l’ordre chronologique. Chaque ligne traite une vidéo ou enregistrement audio. Au total, il s’agit de 121 unités. Seulement deux vidéos étaient inutiles comme elles ne contenaient pas de cas ne comme désigné ci-dessus.

Voici les résultats des différentes catégories

Catégorie 1 : le ne est présent ; le son qui suit est une voyelle. (108 fois)
Catégorie 2 : le ne est présent ; le son qui suit est une consonne. (89 fois)
Catégorie 3 : le ne est absent ; le son qui suit est une voyelle. (189 fois)
Catégorie 4 : le ne est absent ; le son qui suit est une consonne. (186 fois)

Analyse

Quand le ne est présent, il est plus souvent suivi d’une voyelle que d’une consonne. Pour l’absence du ne, peu importe qu’elle soit suivie d’une voyelle ou d’une consonne. La conclusion de Meisner indique que de nombreux corpus sont incomplets, alors nous avons essayé de regarder à ce sujet sous un nouvel angle. Non seulement la recherche a-t-elle confirmé la tendance de disparition du ne dans la langue parlée, elle a également indiqué que le son qui suit la place du ne est souvent une voyelle. A première vue, il semble que la voyelle fait disparaître le ne le plus (189 voyelles contre 186 consonnes). Néanmoins, dans les phrases concernant « une voyelle suit la place du ne », dans 64% des cas, le ne est absent. En revanche, l’absence du ne dans les phrases « une consonne qui suit la place du ne », il s’agit d’une absence de 68%.

 

Conclusion

 

Pour conclure, Meisner nous a rendu compte de la disparition croissante du ne dans la langue parlée. Nous avons vu que la recherche sur les influences linguistiques mérite plus d’investissement. Nous avons parlé des aspects phonologiques, prosodiques et grammaticaux, mais notre recherche a ajouté une perspective de nouveau. Naturellement, notre recherche a bien affirmé la notion de disparition du ne en indiquant que le ne est clairement plus absent que présent. Nous avons vu qu’en général, les voyelles paraissent plus souvent que les consonnes. De plus, la disparition du ne est plus effective quand une consonne le suit.

 

Annexe

 

Catégorie 1 : le ne est présent ; le son qui suit est une voyelle.

Catégorie 2 : le ne est présent ; le son qui suit est une consonne.

Catégorie 3 : le ne est absent ; le son qui suit est une voyelle.

Catégorie 4 : le ne est absent ; le son qui suit est une consonne.

 

Vidéo

Cat 1

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Cat 3

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T

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189

186



Bibliographie

MEISNER, Charlotte, ROBERT-TISSOT, Aurélia, Elisabeth STARK, « L’absence et la présence du NE de négation », Encyclopédie Grammaticale du Français, 2015, http://encyclogram.fr.



[1] Meisner, et al., L’Absence et la présence du NE de négation,

[2] Ibid, 15-16.

[3] Ibid, 25.

[4] Ibid, 25.

[5] Ibid, 25.

[6] Ibid, 28.

[7] Ibid, 28.

[8] Ibid, 29.

[9] Ibid, 1.

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